Les forêts fournissent une diversité de produits forestiers ligneux et non ligneux : bois d’œuvre, bois de service, bois de feu, plantes médicinales, fleurs, fruits, feuilles, légumes, racines, etc. qui contribuent à l’économie des ménages, au renforcement de la sécurité alimentaire et à la conservation de la diversité biologique des ressources forestières. Au Bénin et plus précisément dans la commune de Banikoara, le tamarinier (Tamarindus indica “Jevivi en Fon“, famille des Leguminosae-Ceaesalpinioideae) et le prunier noir (Vitex doniana “Fontin en Fon“ famille des Verbenaceae), constituent deux essences forestières de grandes valeurs socio-économiques. Elles sont souvent émondées, subissent des mutilations suivies quelquefois de l’abattage des jeunes sujets d’avenir. Leur capacité de régénération menacée compromet les politiques de leur conservation durable. La réussite de la restauration et de l’utilisation durable de ces espèces exige une meilleure connaissance de leurs populations ainsi que leurs différents modes de régénération à travers la collecte de données et d’informations.
L’étude a été effectuée dans la commune de Banikoara au Nord-Bénin et prend en compte une partie de la Réserve de Biosphère Transfrontalière du W/Bénin située entre 11º20’ et 12º23’ de latitude Nord et entre 2º04’ et 3º05’ de longitude Est. La Commune de Banikoara est soumise à un climat de type soudano-sahélien caractérisé par une saison humide de mai à septembre et une saison sèche d’octobre à avril. Cette région est constituée d’écosystèmes savanicoles (savanes arbustives/arborées, forêts sèches, forêts ripicoles, formations édaphiques saxicoles) dans lesquels végètent les espèces V. doniana et T. indica.
Des placeaux de taille variable sont installés dans les forêts ripicoles naturelles (0,25 ha) et dégradés (0,25 ha), les savanes (1 ha) et les parcs agroforestiers (5 ha). Les individus adultes (Dbh ≥ 5) sont dénombrés, ainsi que la régénération (Dbh ≤ 5) en vue d’étudier la distribution et la problématique liées à la régénération. Les hauteurs totales et diamètres à hauteur de poitrine des grands arbres ont été mesurés pour identifier la structure spatiale des deux espèces et la relation allométrique de croissance hauteur/circonférence de Tamarindus indica. Les tests de comparaison deux à deux de Mann et Whitney suivis du test de comparaison global de Kruskal Wallis ont été utilisés pour identifier les différences qui existent entre les paramètres mesurés dans les différents habitats. Spécifiquement pour Vitex doniana, les individus adultes mutilés et abattus sont dénombrés pour évaluer les pressions qui existent sur l’espèce. Les différentes utilisations des deux espèces par les populations locales de la commune de Banikoara ont été identifiées en faisant une enquête structurée sur les différentes parties utilisées, les utilisations alimentaires, magico-thérapeutiques, les valeurs socio-économiques, les points de vue sur les pressions et les techniques endogènes de transformation. Au total, 50 personnes ont été enquêtées dont 34 % de femmes, 80 % de Bariba et 16 % de Peulh.
Les deux espèces montrent une distribution agrégative (IB = 12,02 pour T. indica et 10,84 pour V. doniana), résultant de la dissémination autochore et de leur capacité à drageonner. Dans les champs, l’IB est < 1 et indique la répartition aléatoire liée au type de gestion de ces derniers.
Les densités les plus élevées se retrouvent dans les formations ripicoles naturelles localisées dans le PNW pour le tamarinier et anthropisées pour le prunier noir, les plus faibles dans les parcs agroforestiers et se justifie par le mode d’exploitation des terres agricoles qui ne permet pas une régénération des espèces.
Il n’y a presque pas eu de recrus (jeunes sujets intermédiaires entre individus matures et régénérations) dans les parcs agroforestiers ; ce résultat indique une baisse de la croissance et une chute de l’effectif des populations des deux espèces.
Les diamètres diffèrent significativement d’un habitat à l’autre chez le tamarinier. Les plus gros diamètres ont été enregistrés dans les formations ripicoles naturelles, et les plus faibles dans les savanes.
Il n’existe pas de différence significative (p = 0,58) pour le diamètre au niveau du prunier noir.
Les variations de la circonférence expliquent 55,44% à 77,54% des variations de la hauteur de T. indica.
La régénération est en général nulle dans les parcs agroforestiers, et bien plus dans les formations ripicoles anthropisées pour T .indica.
Au point de vue écologique, les populations de T. indica et de V. doniana subissent une croissance lente liée au contexte environnemental traduit par le sarclage des plantules, la sensibilité des juvéniles aux feux de végétation, la pression humaine sur le stock naturel des graines par la cueillette des fruits et la pression des herbivores.
L’évaluation socio-écologique du prunier noir indique de fortes pressions dans les parcs agroforestiers (95,65 %) et formations ripicoles anthropisées (62,27 %) alors qu’aucune pression n’est observée dans les formations ripicoles naturelles (RBT du W/Bénin).
T. indica et V. doniana sont très utilisés par les populations locales, notamment les fruits et les feuilles fortement commercialisées. En dépit de leur importance, ces deux fruitiers sauvages ne font pas encore l’objet d’une transformation à grande échelle de leurs produits comme dans d’autres régions de la planète.
L’étude de la structure des populations et de la régénération naturelle du tamarinier et du prunier noir contribue à une meilleure connaissance des deux espèces et de leurs usages par les populations riveraines du Parc National W du Bénin. Ce sont deux espèces épargnées par les populations de Banikoara pour leur importance socio-économique. Les individus conservés dans les milieux anthropisés sont spontanés, subissent de fortes pressions et aucune activité de plantation de nouveaux sujets n’a été mentionnée dans la localité. La structure des populations montre qu’il n’existe pas de jeunes individus; la régénération naturelle rencontre beaucoup de difficultés dont la plupart sont d’origine anthropique dans les parcs agroforestiers.
Mots-clés : Structure, régénération, tamarinier de l’Inde, prunier noir, menace, conservation, Banikoara, Bénin.